Les lymphatiques et l’infarctus du myocarde

Les lymphatiques et l’infarctus du myocarde

 

Rouen, France – Une équipe rouennaise publie dans Circulation des résultats sur un thème inhabituel en cardiologie : le système lymphatique au sein du cœur, et ses dysfonctionnements lors d’un infarctus du myocarde (IDM) ou dans l’insuffisance cardiaque [1]. Ces résultats concernent exclusivement l’animal. Mais ce qui fait l’intérêt du thème est que la cardiologie l’a pratiquement ignoré jusqu’à présent. Or, le cœur possède un vaste système lymphatique, chez le rat au moins, de plus, un certain nombre de remodelages peuvent expliquer les difficultés de drainage et la longue persistance des œdèmes post-IDM, et enfin l’administration d’un facteur de croissance des vaisseaux lymphatiques permettrait d’accélérer la résorption de cet œdème.

« Ces travaux, issus de 4 années de recherches, montrent l’implication importante de ce réseau [lymphatique] dans les maladies cardiovasculaires. En effet, les recherches sur ces vaisseaux lymphatiques auparavant invisibles ne se sont développés que depuis 10 ans à peine, et leur rôle dans la physiopathologique est souvent ignoré » explique Vincent Richard (Directeur Inserm U1096, Rouen, France) dans un communiqué Inserm.

Stimuler la lymphangiogénèse pour drainer l’œdème en post-IDM

L’idée tient en trois constats : le cœur dispose d’un vaste réseau lymphatique ; l’œdème est caractéristique du post-IDM, ainsi que de l’insuffisance cardiaque ; la fonction du réseau lymphatique est de drainer l’œdème. Donc, existe-t-il des anomalies de ce réseau dans ces pathologies, et si oui, comme les pallier ?

Ces questions ont été posées dans un modèle d’IDM chez le rat. L’IDM provoque une lymphangiogénèse intramyocardique intense. Malheureusement au niveau épicardique, le remodelage altère les collecteurs lymphatiques, de sorte que la capacité de drainage est finalement réduite. Conséquence : l’œdème persiste plusieurs mois après l’IDM, et s’étend même de la zone infarcie à des territoires non lésés.

Dans un second temps, l’équipe a tenté de rétablir une capacité de drainage par un traitement au VEGF-C (Vascular Endothelial Growth Factor de type C, impliqué dans le lymphangiogénèse). La protéine a été administrée en intramyocardique, via des microcapsules d’albumine-alginate biodégradables.

« Le traitement administré aux rats accélère la réponse lymphangiogénique cardiaque post infarctus et améliore le drainage lymphatique du cœur en 3 semaines. Il a comme effet direct une diminution de l’œdème, de l’inflammation et de la fibrose cardiaques », résume Ebba Brakenhielm (Inserm U1096, Rouen), dans le communiqué de l’Inserm. On note que la réponse observée est dose-dépendante.

Il reste sans doute un long chemin jusqu’à la clinique humaine. Mais il est au moins montré que la cardiologie, qui n’avait jusqu’à présent envisagé le cœur que comme organe essentiellement circulatoire musculaire et électrique, gagnerait à l’envisager aussi sous l’aspect lymphatique.

 

REFERENCE :

  1. Henri O1, Pouehe C1, Houssari M et coll. Selective Stimulation of Cardiac Lymphangiogenesis Reduces Myocardial Edema and Fibrosis Leading to Improved Cardiac Function Following Myocardial Infarction. Circulation. 2016;133(15):1484-97. doi: 10.1161/CIRCULATIONAHA.115.020143.