SOIREE SCIENTIFIQUE 7 NOVEMBRE 2008
Consultations et traitement intensif du lymphoedème à l’Hôpital Cognacq-Jay »
Docteur Stéphane Vignes, chef de Service et son équipe ( kinésithérapeutes et orthésiste )
La consultation de l’Hôpital Cognacq-Jay est axée sur le lymphoedème de manière exclusive :
3000 consultations par an réalisées par 6 médecins dont 1000 nouveaux cas annuels :
60% MS (cancers du sein), 20% MI (secondaires à un cancer), 20% MI primitifs, 2% Maladie de Waldmann et lipoedèmes
Soit 600 hospitalisations par an.
La première consultation cible, en premier lieu, l’histoire de la maladie initiale (souvent suite de cancer) et l’éventuelle prise de poids qui joue de manière importante sur le lymphoedème, ainsi que les autres antécédents médico-chirurgicaux et le mode de vie.
Puis le bilan du lymphoedème est réalisé :
- date de d’apparition, topographie, extension, facteurs déclenchants
- les antécédents d’érysipèle
- les mesures périmétriques et volumétriques des 2 membres. Elle est indispensable avant tout traitement et se fait selon un gold standard. Elle sera réestimée ensuite entre 2 consultations. Les critères retenus sont :
- ses caractéristiques : fermeté, godet
- observation de la mobilité et des douleurs de l’épaule pour les MS, ou de l’atteinte des organes génitaux externes pour les MI.
- les traitements antérieurs du lymphoedème effectués (DLM, bandages, manchon) et la perception de l’efficacité du traitement reçu.
Une synthèse de la consultation est ensuite réalisée en fonction de l’âge, du volume et des objectifs du patient. Elle induit le choix du traitement ambulatoire ou en hospitalisation.
Pour le traitement, le patient se trouve dans un schéma de prise en charge faisant intervenir un panel de professionnels : kinésithérapeute, orthésiste, pédicure, angiologue, psychothérapeute, nutritionniste, médecin, oncologue, infirmière, chirurgien plasticien.
Les traitements font appel à un consensus international publié en 2006 par les anglo-saxons (EWMA . www.ewma.org )
Le but du traitement est donc :
- d’obtenir une réduction des volumes (phase intense)
- de maintenir les volumes réduits
Stéphane Vignes insiste sur le fait que 75% des patients ont un problème de surcharge pondérale.
La prise en charge par l’équipe kinésithérapeutes-orthésiste :
A l’entrée du patient, il est accueilli par les infirmiers, médecin et kinésithérapeutes.
Un bilan de l’œdème est effectué : état de la peau, localisation de l’oedème, consistance, prise de mesures, bilan articulaire et musculaire.
Le séjour du patient est ensuite planifié. Les séances sont individuelles et collectives. La prise en charge est pluridisciplinaire
La kinésithérapie individuelle :
Un kinésithérapeute effectue un DLM (drainage lymphatique manuel) sur le membre et les zones fibrosées du tronc (3 séances par semaine)
La scapulo-humérale est rééduquée et un bandage peu élastique multicouche est réalisé.
Le kinésithérapeute enseigne l’autobandage au patient ou à un membre de son entourage. Celui-ci permettra le maintien du volume réduit et l’éducation du patient s’il est motivé. Au retour au domicile ils seront réalisés en fin de journée et gardés toute la nuit 2 à 3 fois par semaine. Ils sont simplifiés, localisés, associés au mouvement. Un maximum est demandé au patient en espérant au moins un minimum d’observance...
Les bandages peu élastiques
On utilise du jersey tubulaire, des capitonnages (coton ou ouate, mousse N-N, Mobiderm Thuasne) et des bandes à allègement court en veillant à l’hydratation cutanée (cold cream)
Les bandages sont multicouches : on superpose des bandes à allongement court. L’ effet contensif est obtenu grâce au nombre de couches. Ils sont conservés jour et nuit et renouvelés 5 jours sur 7. Le premier bandage sert de test pour la suite du traitement et éventuellement la modification du capitonnage et du nombre de couches en fonction de la réaction du patient.
Les séances collectives correspondent à des séances de gymnastique, de 30 minutes, une à deux fois par jour. C’est une gymnastique globale, douce, à base de postures et d’équilibre. Elle augmente les effets du bandage. Des séances de relaxation de 45 minutes sont proposées chaque jour
Conseils d’hygiène de vie
Il est très important de prévenir l’érysipèle par le port de gants, le traitement des mycoses interdigitales, le nettoyage des plaies, la pédicurie pour les MI et l’hydratation de la peau. Il faut encourager les patients à la pratique d’activités physiques et donner des conseils pour stabiliser le poids, voire maigrir.
Les contentions élastiques définitives de classe de contention forte minimum III sont réalisées sur mesure de l’orthopédiste.
La consultation de sortie en fin de séjour
L’ajout de bandes à allongement court sur la contention lors des activités, l’autobandage des doigts en cas d’oedème, une chevillière malléolaire ou des compressions médicales lors des voyages aériens …est conseillé.
Elle se fait avec le patient et sa famille, en compagnie du kinésithérapeute qui a traité le patient.
Elle permet de faire une synthèse du séjour : diminution du volume en pourcentage, type de capitonnage et nombre de couches nécessaire à la réduction volumétrique, DLM, massage et rééducation de l’épaule.
Elle fait le point sur la participation aux activités et élabore le projet thérapeutique :
Poursuite éventuelle du DLM, port de la contention à changer au bout de 3 ou 4 mois, hydratation de la peau, pédicurie.
Un rendez-vous peut-être proposé pour la consultation suivante 6 à 12 mois après l’hospitalisation.
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