Drainage lymphatique manuel

Hitorique de la pratique

La conception originelle de ce qui allait devenir la technique de Drainage Manuel a plus de cent ans.

Parmi les précurseurs du traitement des lymphoedèmes des membres autrefois appelé « éléphantiasis des arabes », il faut rappeler la descriptions de Moritz Kaposi qui publia un traité de dermatologie en 1878 dans lequel les grandes lignes sont déjà posées. Le repos allongé, les massages et les bandages sont prescrits et amènent certaines améliorations au patient.

Par la suite, c’est le chirurgien Winiwarter qui poursuivit la description des bases du traitement des lymphoedèmes des membres dans un ouvrage intitulé « Les inflammations de la peau et du tissu conjonctif » (1892). Pour lui, cité par Földi (1), le traitement ne pouvait être réalisé par une technique isolée mais bien par « une combinaison appropriée de moyens ». Parmi ceux-là, le massage de la racine était une priorité. Cet abord fut originellement celui du DLM, il devait servir de postulat à bien des auteurs avec la notion de manœuvre abordant le membre de façon centrifuge.

Emil Vodder

L’expression « drainage lymphatique manuel » est née dans les années 1930 avec le danois Emil Vodder (1896-1986). C’est à lui que revient la paternité de l’expression. Emil Vodder ne possèdait pas de formation médicale à proprement parlé, il fut docteur en philosophie. Il pratiqua néanmoins le massage dans des « instituts » qu’il ouvrit sur la Côte d’azur. On raconte (2) qu’il eut un jour une vision qu’il décrit:
Un jour à Cannes, nous avons eu un patient ayant une sinusite, une infection du nez et de la gorge …Je palpais ses ganglions lymphatiques cervicaux, durs et enflés…

Emil Vodder et son épouse (ex libris SPEK)
Emil Vodder et son épouse (ex libris SPEK)

Tout à coup, j’eus la vision, comme une radiographie, d’un sinus couvert de vaisseaux lymphatiques lumineux, je vis aussi leurs ramifications du cou, « la chaîne de ganglions lymphatiques », qui agit comme un système de drainage naturel pour tous les organes et le glandes de la tête et du cou…

L’observation sur les ouvrages d’anatomie du nombre très important de nœuds lymphatiques au niveau du cou poussera Vodder à déclarer leur stimulation obligatoire comme préalable à tout traitement. Cet attachement au principe de Vodder a encore cours dans certaines applications de la technique originelle, nécessitant ainsi un très long traitement du cou et de l’abdomen, avant d’aborder un œdème de la cheville par exemple. Sa sensibilité vis à vis de l’importance du liquide physiologique qui baignait le corps dans son ensemble, est importante. Il fut très attaché à l’expérience d’Alexis Carrel qui reçut le prix Nobel en 1912 pour sa démonstration du rôle du liquide interstitiel.

La technique Vodder s’inscrit dans une conception globale du corps humain. Chaque traitement précise le nombre de manœuvres à réaliser ainsi que la trajet des collecteurs lymphatiques à stimuler de façon très précise. On observera par la suite que cette description très précise est en fait très (trop) stricte et même figée et ne laisse aucune place aux variations innombrables de l’anatomo-physiopathologie. Dans le cadre de la rééducation, le kinésithérapeute prend en charge des patients dont le système lymphatique est très souvent amené à adopter une morphologie changeante qui n’était pas prévue par la technique originelle de Vodder.

A ce jour, il demeure encore des praticiens qui pratiquent la technique telle de décrite dans les années 30. Mme Witlinger en Autriche s’inscrit dans cette pratique ancienne.

Foldi M.: Traitement physique complexe de la stase. In Circulation d’échange et de retour Ed Boots Dacour 1984,198-205.
Bourget P. Petite histoire de la naissance du drainage lymphatique manuel. Act Méd Int Angiologie. 1997 ; 233, 4652-3.

Les autres écoles de drainage manuel

En France, les kinésithérapeutes eurent le droit de pratiquer le drainage manuel dans le cadre conventionnel dès 1985. Il fallait qu’ils puissent fournir au médecin conseil de leur caisse de sécurité sociale un certificat de stage qu’ils avaient réalisé avec Monsieur Leduc ou le Professeur Foldi. Dans ce cas, le praticien avait le droit de pratiquer le traitement d’un lymphoedème en associant au drainage des bandages et un erédéucation vasculaire. Il pouvait ainsi côté à la nomenclature générale des actes professionnels une AMM6 , soit l’équivalent d’une rééducayionindividuelle dont la durée théorique était de 45 minutes.

De là sans doute est restée la notion erronée qu’un drainage devait durer ce temps là pour être efficace. Il y a longtemps que cette fausse notion a été corrigée.

Albert leduc et MichaelFoldi

Albert Leduc, kinésithérapeute belge de l’Université libre de Bruxelles, donna un enseignement de la technique de Vodder dans la fin des années 70. Au début des années 80, le certificat de participation à ses formations portait l’appellation « Drainage lymphatique Manuel, technique de Vodder ». Il modifia la technique en instaurant la notion de manoeuvres de drainage d’appel réalisé à distance de l’oedème et de manœuvres de résorption réalisées sur l’oedème (1).

Michael Foldi, professeur de médecine d’origine hongroise, installé en Allemagne (Hinterzarten, Forêt noire) où il fonda une clinique de traitement intensif des lymphoedèmes en 1979 (lien http://www.foeldiklinik.de/franzoesisch/historie.php). Il créa la notion de traitement combiné des lymphoedèmes en insistant sur le fait qu’une seule technique (notamment le drainage lymphatique manuel) ne pouvait pas réaliser seul la décongestion (2). Il créa une école de Drainage.

1 Leduc A. : Le drainage lymphatique, Théorie et Pratique. Monographie de l’Ecole des Cadres de Bois-Larris. Ed. Masson 1978

2 Foldi E., Foldi M. : Physiothérapie complexe décongestive. Edition Frison Roche 1993

Quelle définition du Drainage Lymphatique Manuel (DLM) ou Drainage Manuel (DM)?

Le Drainage Manuel est un massage original qui utilise des manœuvres réalisant sur la peau un déroulement appuyé de la main ou des deux mains, d’un ou de plusieurs doigts, d’une simple pulpe. Leur caractère commun est de réaliser un mouvement dit en tampon buvard, c’est-à-dire un déroulement effectué sans glissement qui est répété plusieurs fois sur place. Ces manœuvres sont caractérisées par un contact qui débute en amont de l’œdème et se déroule vers l’aval, sens de la circulation de retour du sujet. Ces manœuvres sont réalisées avec un étirement de la peau et une pression spécifique. Elles permettent par augmentation de la pression tissulaire d’augmenter la résorption veino-lymphatique et l’évacuation du liquide capté. Elles permettent aussi de déplacer l’œdème dans le secteur interstitiel. Le choix pertinent du sens du déroulement des manœuvres a tout son intérêt, pouvant faire passer l’œdème d’un territoire en insuffisance circulatoire à un autre sain (1).

Cette définition débute par les mots de « Drainage Manuel et non Drainage Lymphatique Manuel.

En effet, de nos jours, il n’échappe à personne que les manœuvres de drainage ont une action efficace non seulement sur le système lymphatique mais également sur le système veineux et interstitiel.

Références:

1 Le drainage lymphatique : in Ferrandez JC, Serin D.Rééducation et cancer du sein. 2ième Edit. Elsevier-Masson, Paris, 2006.

dlm1-300x225Drainage lymphatique manuel de la cheville 

dlm2-300x225Drainage lymphatique manuel de la jambe

dlm3-300x225Drainage lymphatique manuel de l'épaule 

Crédit photos : J-C Ferrandez

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